Giacometti et le dessin

Fondation Giacometti -  Giacometti et le dessin

Ernst scheidegger, Alberto Giacometti dessinant dans son atelier, 1951, coll.Fondation Giacometti, Paris.
© Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + ADAGP, Paris)
© Ernst scheidegger

Alberto Giacometti est formé au dessin par son père, qui l’initie au travail d’après nature et à la copie des maîtres. À Paris, à l’Académie de la Grande Chaumière, il réalise de nombreux dessins de nus dont la stylisation par facettes géométriques, propre au dessin de sculpteur, rejoint son intérêt croissant pour les formes néo-cubistes. A partir de 1927, ses dessins allient signes abstraits et motifs figuratifs stylisés inspirés d’idéogrammes.

En 1930,Giacometti rejoint les surréalistes et explore les voies non figuratives du subconscient, du langage poétique ou des dessins d’enfants. Ses dessins à la plume explorent le thème des sculptures-objets, dans un style linéaire épuré. D’autres, plus complexes, imitent la gravure en taille-douce à laquelle il s’initie à cette période. En 1932, sa première estampe publiée ouvre le roman de René Crevel, Les Pieds dans le plat. Elle sera suivie, en 1934, d’illustrations des poèmes d’André Breton pour L’Air de l’eau, puis de très nombreux projets collaboratifs avec des poètes pour des livres de bibliophilie.

Giacometti quitte les surréalistes en 1935 et revient au dessin d’après nature. Il représente son atelier et fait poser son frère Diego et différents modèles féminins pour des têtes et des nus. Il réalise aussi de nombreuses copies d’œuvres de sources diverses à l’encre ou au crayon. Tous ces dessins confirment son goût pour la réserve en blanc du papier, mais il repasse ses lignes avec de plus en plus d’acharnement et commence à utiliser la gomme, pour estomper ou effacer.

A son retour de Suisse en septembre 1945, Giacometti diversifie ses techniques. Il adopte le stylo-bille, commercialisé en France en 1950. Pratique et bon marché, cet outil moderne lui permet de travailler sur tous les supports et supplante la plume et l’encre : figures, portraits ou natures mortes, dessinés sur le motif ou de mémoire, colonisent les marges de ses livres et journaux et recouvrent les nappes en papier gaufré des cafés où il a ses habitudes. Il revient aussi à l’estampe, adoptant l’eau-forte en 1946, puis la lithographie en 1949, qui offrent plus de liberté dans le tracé que le burin. À partir de 1951, il exécute une première série de lithographies pour la galerie Maeght, dans une technique proche de son dessin au crayon. Ces éditions, relayées par la revue Derrière le miroir, vont contribuer à diffuser son style graphique d’après-guerre.
Ses retrouvailles avec les cercles intellectuels parisiens stimulent son intérêt pour le portrait. Ceux de ses amis écrivains dominent ses estampes destinées à des livres, mais Diego et Annette sont les modèles principaux de ses innombrables dessins de têtes et de nus.

Giacometti démultiplie à l’infini les versions de ses images. Qu’il les grave sur des plaques de cuivre, les dessine sur des papiers vélins, des pages de carnets, des livres ou des journaux, il reste plutôt indifférent à la qualité des supports. Sa mort prématurée en 1966 laisse en chantier de nombreux projets : Paris sans fin, édité posthumément par Tériade en 1969, est l’expression la plus aboutie de ce travail sériel obsessif.

Images
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