Le Nez : une œuvre énigmatique

Fondation Giacometti -  Le Nez : une œuvre énigmatique

Alberto Giacometti, Le Nez, 1947 (version de 1949), Bronze, 80,9 x 70,5 x 40,6 cm, coll.Fondation Giacometti, Paris.
© Succession Giacometti (Fondation Giacometti, Paris et ADAGP, Paris)

Le Nez est une œuvre qui a été retravaillée de nombreuses fois et pendant plusieurs années par Alberto Giacometti. Ce travail acharné et ces reprises constantes sont emblématiques de la recherche de l'artiste pour trouver la dimension et les proportions justes.

La première version en plâtre peint du Nez est présentée au publique pour la première fois en 1948, à la première exposition monographique de Giacometti à la Pierre Matisse Gallery de New York. La tête, au rendu brut, a directement été modelée par l'artiste avec du plâtre frais sur une armature. La bouche ouverte présente une langue, peinte en rouge et les yeux semblent avoir été à peine esquissés. Le nez en spirale, peint, transperce violemment la cage qui tient la tête et son buste. La cage est composée d'une structure de tiges simples, fichées dans un socle en plâtre.

Après l'exposition, l'artiste ne peut s'empêcher de retravailler l'œuvre et réalise à Paris une seconde version, alors que la première version de la pièce est restée à New York pour être vendue. Cette deuxième version a donné lieu à une édition en bronze et présente le même motif, mais le rendu change drastiquement. 

Quand le photographe Richard Winther visite l'atelier de l'artiste en mai 1948, le Nez est attaché à une cage cubique en métal, proche de celle de la première version. Il manque le socle en plâtre, que l'artiste a enlevé. Le modelé de la tête semble moins mouvementé, la bouche est fermée et le nez est devenu plus fin. 

La version finale de la tête est visible sur des photos anonymes prises dans l’atelier de l’artiste en 1950. La bouche est ouverte, mais la langue n'est pas visible. Les oreilles et les yeux ont disparu. La cage n'a pas changée par rapport à 1948. 

L'artiste ne semble pourtant pas satisfait des proportions de la cage. Sur une photographie prise dans l’atelier en 1956, elle a pris une forme rectangulaire et le socle en plâtre a réapparu.
Giacometti retravaille la pièce une dernière fois avant de l'exposer à la Fondation Maeght en 1964. La base en plâtre est de nouveau supprimée, mais quatre pieds en forme de tiges fines ont été ajoutés.

L'artiste raccourci ces jambes avant d'envoyer le plâtre à la fonderie. L'édition en bronze se voit rajoutée des petits pieds ronds qui stabilisent la pièce. 

 

par Michèle Kieffer

Responsable du Comité Giacometti et chargée de recherches - Sculptures 

Images
Publications

Giacometti

Sous la direction de Lena Fritsch et Frances Morris avec Catherine Grenier et Mathilde Lecuyer-Maillé

Tate Publishing, Londres, Fondation Giacometti, Paris, 2017

Anglais

304 p.
21 x 26 cm
24,99 £

ISBN 978-1-84976-504-6 (Hardcover)
ISBN 978-1-84976-460-5 (Softcover)

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